Performances
BRUITS BLANCS

Quel genre d’expertise un artiste peut-il apporter sur un bateau saisi dans la glace où sont réunis des scientifiques ? C’est à partir de cette question qu’Ellie Ga a entamé la série de conférences The Fortunetellers : Arctic circles, tirant profit de son expédition sur le bateau Tara durant de l’hiver 2007-2008.

Cette performance nous plonge dans une large partie de son œuvre, questionnant voyage et immersion. Le matériau avisé mêle alors souvenirs, cartes et divers éléments rapportés d’un ailleurs. Elle y explique ainsi les œuvres 10 : 10 : ces images publicitaires de montres, collectées, laissant voir un temps clos et toujours identique. Elle nous laisse également entendre les bruits particuliers du déplacement du Tara, goélette comprimée par les glaces. Un mouvement ressenti au dessous de la banquise dans un immobilisme décrit par l’artiste comme se situant : ni sur terre ni sur mer . The Fortunetellers est une partie d’un ensemble plus large consacré à l’étude des circonstances de cette perception modifiée propre aux pôles et conduisant à une réflexion ample sur le rôle que peut occuper l’artiste dans une communauté savante, ne cherchant pas un langage commun mais bien, comme c’est le cas ici, un possible dialogue.

C’est dans ce partage complexe que se crée la particularité de cette conférence-performance, forme artistique née dans les années 1960 et actuellement en phase d’institutionnalisation . L’appréciation par l’artiste d’un environnement scientifique l’aurait conduit vers une pratique extérieure, sans ancrer le propos dans le rituel établi de la conférence. En effet, celle-ci joue plus de sa position non scientifique comme oratrice que d’une double intellectualisation du contexte.
Le dispositif scénique accentue ce mélange des rôles. Sont alors visibles un vidéoprojecteur, un rétroprojecteur, une petite lampe sur le bureau et l’écran guidant notre regard, semblant poursuivre le rythme de la performance. La narration se trouve condensée dans un mélange d’images et de voix venant alors rendre compte des péripéties de l’auteur mais aussi de son intégration dans la vie sociale du bateau. Le texte lu est d’une grande retenue. On nous y relate la mélancolie du voyage en même temps que les aspects quotidiens de la dérive du bateau. Dans son analyse se propage aussi une forme de dispersion inhérente à ces cartographies, une circulation de certaines parties des glaciers qui ont été nommées ; la disparition de Copenhague est évoquée ainsi que la recherche d’Helsinki.

Lorsque la glace commence à fondre et que le bateau repart, une nouvelle dimension intervient. L’artiste se penche sur la recherche divinatoire. Les investigations deviennent alors des procédés et les techniques situent son propos. À sa manière, et peut-être malgré elle, le style se mélange encore, l’artiste s’exprime en habits scientifiques, prenant dès lors à son compte les cartes et les calendriers solaires. La présentation, dans son alternance entre les différents contenus et supports des images, se fait également récit de composition. Nous sommes immergés dans un rapport entre fiction et documentaire rappelant la perte du temps qui intervient dans ces espaces sans lumière.

The arctique Circle est avant tout ce qui reste d’un travail de groupe, d’un rendez-vous qu’ils s’étaient fixés, là-bas : « J'avais besoin de faire de l'art à ce moment, pour les gens de Tara. J'ai donc conçu une série d'œuvres pour expliquer à l'équipage comment j’interprétais notre monde, notre vie quotidienne, ce fut le début de la série de spectacles intitulée The Fortunetellers. »

Léo Guy-Denarcy

Infos Annexes :

Ellie Ga
The Fortunetellers : Arctic Circles (10 : 10)

Le 9 octobre 2010 à Bétonsalon, Paris.
Dans le cadre de l’exposition Nous ne notons pas les fleurs du 9 octobre 2010 au 15 janvier 2011. Commissaires : Virginie Bobin et Julia Kläring.
www.betonsalon.net

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